NEILA TAZI FIGURE INSPIRANTE ET FEMME DE CULTURE

NEILA TAZI FIGURE INSPIRANTE ET FEMME DE CULTURE

Neila Tazi, est une pionnière, à plus d’un titre, dont le parcours ne peut que laisser admiratif. Titulaire d’un Bachelor en Business Administration, cette fille de haut fonctionnaire à la Banque Mondiale née à Washington, n’a cessé de gravir les échelons tant dans la sphère entrepreneuriale que politique. Première femme élue Vice-présidente à la Chambre des Conseillers en 2015, elle est aujourd’hui Présidente de la Fédération des Industries Culturelles et Créatives.
Entretien avec une femme de conviction aussi passionnée qu’infatigable, qui a fait de la culture un combat, son sacerdoce...

Après avoir créé, en 1992, votre entreprise A3 Communication, pionnière dans la communication, les relations publiques et l’événementiel, vous créiez, six ans plus tard le désormais célèbre Festival Gnaoua et Musiques du Monde à Essaouira. Quelle place occupe ce projet dans votre parcours professionnel ?
Ce « projet passion » a été à la fois la part d’ombre et de lumière de mon parcours. Il a mis en lumière l’expertise de notre équipe et de l’agence, en faisant de ce festival un rendez-vous pérenne, un événement qui a du sens et dont le rayonnement est devenu international. Mais la part d’ombre, forcément méconnue du grand public, est la rudesse du chemin parcouru, qu’il faut parfois évoquer pour que les futures générations bénéficient de plus d’écoute et de souplesse dans la production de ce type d’événements dont l’impact est maintenant reconnu de tous. Ce festival est, incon- testablement, le projet qui a façonné mon engagement. Il m’a mis au contact de la dure réalité du terrain lorsqu’il s’agit de mobiliser, autour de projets novateurs, de projets qui nécessitent une importante mobilisation du secteur privé et du secteur public, au niveau local, régional et gouvernemental. Ce fut un véritable parcours du combattant qui a forgé ma personnalité et m’a encouragé à donner le meilleur pour mon pays, qui regorge de talents et dont la jeunesse a besoin de signaux forts. Le Festival Gnaoua et Musiques du Monde est avant tout un projet humain, qui a permis de sortir les Gnaouas de l’indifférence et du mépris et de les faire accéder au statut de patrimoine mondial. Un projet puissant qui, personnellement, m’a permis de me connecter à la profondeur de mes racines marocaines et africaines, moi qui suis née aux USA et qui ai étudié en France. C’est probablement aussi cette diversité, ces multiples apports, qui m’ont donné l’envie et la force de porter ce projet.

En 2003, vous avez créé le guide culturel Exit Urban Guide, puis en 2009 l’association Yerma Gnaoua, qui a œuvré à la préservation et à l’inscription des Gnaouas au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Lorsqu’on retrace votre parcours, on constate que la culture a toujours été un peu votre fer de lance. Est-ce que ça a toujours été une volonté de votre part ? Avez-vous toujours su que vous joueriez une part active dans le secteur de la culture ?
Un proverbe africain dit que « la culture est la possibilité même de créer, de renouveler et de partager des valeurs, le souffle qui accroît la vitalité de l’humanité ». La culture et la communication sont des vecteurs essentiels du progrès. Ils permettent aux différentes catégories de la société et aux peuples du monde de
s’interconnecter, de dialoguer. J’ai entrepris mon parcours professionnel avec l’envie d’apporter ma petite contribution à l’amélioration de l’environnement global dans lequel le Maroc évolue. Lorsque j’ai lancé mes activités, le Maroc entrait dans une période passionnante avec le règne du Roi Mohammed VI, où la culture et la communication ont contribué à apporter un nouveau souffle dont le pays avait besoin.
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Quelles sont les synergies possibles avec le tourisme, la culture et l’événementiel qui restent des secteurs étroitement liés? Prévoyez-vous des actions communes avec les autres ministères en charge de ces secteurs ?
Ces trois secteurs forment en réalité un solide écosystème, ils sont très liés, et la crise du COVID-19 nous l’a démontré. Ce sont les secteurs qui ont été le plus fortement impactés et qui nécessitent un plan de relance musclé. La culture et les industries créatives ont trop longtemps été abordées sous l’angle du mécénat social. Elles doivent désormais être appréhendées comme un secteur à part entière, créateur de richesses dans les territoires, d’emplois pour les jeunes et de rayonnement pour le pays, pour notre tourisme mais aussi pour notre soft power à l’international.

Femme d’affaires mais également femme politique fortement engagée dans tout ce qui touche au rayonnement du Maroc, il semble que vous êtes sur tous les fronts ! Vice-présidente de la CGEM de 2015 à 2018, dont vous êtes aujourd’hui la représentante au Parlement (Chambre des Conseillers), vous présidez également la FICC (Fédération des Industries Culturelles et Créatives). En janvier dernier, une étude intitulée : « Quelles transformations pour les ICC au Maroc ? Focus sur quatre filières : l’édition, le spectacle vivant, l’audiovisuel et la musique ». De quelles transformations s’agit-il ?
Les instruments de politique publique d’au- jourd’hui ne répondent pas aux défis de notre époque. Les ICC ont besoin, entre autres, de convergence sectorielle en amont, d’un cadre législatif et d’une fiscalité adaptés. Je rappelle aussi que l’accélération du digital est une source de transformation du secteur qui ouvre de nouvelles perspectives et doit être intégrée dans les instruments que je viens d’évoquer. Glo- balement, la gouvernance du secteur doit s’armer d’une approche plus moderne et donner aux professionnels le cadre et les moyens de développer des projets dans les meilleures conditions. Être traités comme des investis- seurs sans jamais oublier que la dimension créative et l’idée sont ce qu’il y a de plus fort et de plus précieux dans tout projet.

Vous avez aussi été élue en octobre der- nier Présidente de la Commission des Affaires Étrangères, de la Défense nationale et des Marocains Résidents à l’Étranger au sein de Chambre des Conseillers. Parlez-nous de cette nouvelle fonction ?
C’est un honneur pour moi d’être la première femme à présider cette commission à la Chambre des Conseillers, après avoir été la première femme Vice-présidente de cette institution. Les prérogatives et le périmètre de la commission couvrent des secteurs fondamentaux des politiques publiques de notre pays, dans une période particulièrement importante des relations internationales du Maroc et de sa diplomatie. Nous savons tous que la diplomatie est le domaine privilégié des Etats, mais la complexité des relations internationales nous commande d’élargir les canaux diplomatiques à tous les acteurs d’influences. Dans ce contexte, les deux chambres du Parlement ont un rôle à jouer notamment en direction des pays ou les parlements jouent un rôle décisif. C’est dans cet esprit que les Présidents des deux chambres et le Ministre des Affaires Etrangères ont signé le mardi 1er février, une convention sur la formation dans le domaine de la diplomatie parlementaire.
Elle offre une réelle complémentarité dans les grilles de lectures et l’évaluation des situations de crises et de conflits. Les évènements, lourds de conséquences, en Ukraine, nous montrent que la diplomatie est la seule voie possible pour la stabilité. La force est toujours impuissante à installer une paix durable.
En ma qualité de Présidente de la Commission des Affaires Etrangères, de la Défense nationale et des Marocains Résidents, je vais
déployer tous les efforts avec mes collègues pour imprimer, dans les faits, cette « nouvelle phase de coopération et de concertation continue pour renforcer la performance de l’action diplomatique nationale et consolider la position du Maroc aux plans continental et international ».

Qu’est-ce que cela fait d’être, à ce jour, la seule femme à avoir présidé des séances plénières du Sénat marocain ?
Un sentiment de fierté doublé d’un espoir de voir plus de femmes occuper ces fonctions à l’avenir.

Avez-vous conscience d’être une pionnière, une source d’inspiration pour les femmes au Maroc ?
Les femmes marocaines sont de plus en plus nombreuses à réaliser des parcours admirables. L’important, aujourd’hui, est que les hommes s’identifient à ces femmes et que l’égalité soit une réalité et non plus un combat.

Pour conclure, quelle serait votre devise ?
Toujours persévérer, ne jamais baisser les bras.

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