Interview : Marion-Mari Bouzid, Psychologue clinicienne

Interview : Marion-Mari Bouzid, Psychologue clinicienne

« En se jugeant uniquement sur la base du résultat, on peut être d’une très grande injustice… »
Spécialisée en thérapies comportementales et cognitives, auteur d’ouvrages en psychologie comme « Vaincre la peur de l’échec, devenez votre meilleur allié», « Champion, mode d’emploi», co-écrit avec son mari Saïd Bouzid, Marion-Mari revient sur l’importance de l’accompagnement mental.
En plus de s’entourer de préparateur physique, beaucoup de sportifs disposent également de préparateurs mentaux ou de coachs en développement personnel. En quoi est-ce important, selon vous ?
Pour répondre à votre question, je vous propose une petite expérience de psychologie en deux temps que je fais souvent faire aux sportifs que j’accompagne. Le but de cette expérience est d’explorer l’impact de nos pensées, notre mental donc, sur notre corps. Dans un premier temps, je vous invite à vous asseoir et de vous focaliser sur la pensée suivante « Je peux me lever ». Essayez de faire comme si cette pensée était la vôtre. Puis, en même temps, essayez de vous lever. La deuxième partie de l’expérience est la même mais il suffit de remplacer la pensée « Je peux me lever » par celle inverse : « Je ne peux pas me lever ». Voyez ensuite la différence entre les deux parties. Était-ce plus facile/difficile de se lever dans la première ou la deuxième ? Les participants rapportent en général une difficulté accrue dans la deuxième, comme une lourdeur voire une paralysie dans leur corps. Cela montre l’influence qu’exercent nos pensées sur notre corps et notre comportement. Cette influence est exercée par un jeu de neurotransmetteurs (le cortisol en particulier en cas de stress négatif) qui entrave et désorganise nos capacités cognitives et notre capacité d’action. Imaginez à présent un sportif qui, au moment de performer, développe la pensée « Je ne vais pas y arriver » Vous pouvez désormais entrapercevoir les effets dévastateurs de cette pensée et pourquoi, à compétences physiques ou technico-tactiques égales, la qualité du mental peut vraiment faire la différence.

Gérer l’échec pour un jeune sportif/golfeur prometteur n’est souvent pas évident. En tant que psychologue, quels sont les conseils que vous pouvez leur prodiguer ?
Évidemment, si l’échec survient après une série de réussites, il pourra être relativisé aux yeux du golfeur. Si, au contraire, il n’a qu’une seule expérience en compétition et que c’est un échec, ou qu’il a vécu plusieurs échecs à la suite, ce sera plus difficile à surmonter et peut engendrer un véritable schéma « d’échec » dans son esprit, c’est-à-dire la conviction qu’il est incapable de réussir. Plutôt que d’interpréter son échec comme ponctuel, spécifique (lié à un contexte ou un défaut précis à corriger), il aura tendance à l’interpréter comme stable dans le temps et global à sa personne, ce qui engendrera de forts sentiments d’échec qui à leur tour l’amèneront à ne se focaliser que sur le négatif et entraveront une analyse objective de l’événement.

C’est pourquoi tout échec, pour être profitable, doit être digéré émotionnellement avant d’être analysé et qu’on doit toujours laisser au sportif entre 48 et 72 heures avant d’aborder la phase d’analyse de l’échec. En revisualisant ensuite dans les détails son tournoi et en faisant des « arrêts sur image » dans les moments déterminants de l’épreuve, le préparateur mental et le sportif tentent de mettre à jour les vraies raisons, toujours spécifiques de l’échec : une pensée parasite, une focalisation trop importante sur soi ou sur la technique, un conseil technique de son coach mal interprété, etc. En comprenant les raisons précises de son échec, le sportif se donne les moyens de les corriger et les meilleures chances de progresser. S’il échoue à nouveau, ce sera pour d’autres causes spécifiques non identifiées qui devront encore être analysées.

C’est ainsi que le sportif se crée, pour ainsi dire, une immunité sportive et une résilience. N’ayez pas peur d’échouer, surtout en début de carrière, c’est une question de réussite ! Un deuxième conseil est de se fixer des objectifs de maîtrise, en plus des objectifs de résultat. En effet, il est des challenges que l’on gagne haut la main mais avec facilité tandis qu’il existe des échecs sur le papier où l’on peut avoir très bien performé. En se jugeant uniquement sur la base du résultat, on peut donc être d’une très grande injustice envers soi-même.

Par ailleurs, en atteignant ses objectifs de maîtrise, on augmente évidemment la probabilité que les objectifs de résultats soient également atteints ! Évidemment, il est tout de même essentiel que le sportif ne soit pas chroniquement confronté à des objectifs de résultats trop ambitieux pour lui. Il faut donc construire un planning de compétitions adapté à sa vitesse de progression pour éviter de le confronter à des échecs répétés, ce qui serait destructeur pour son mental dont on a vu l’importance.

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