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INTERVIEW : Peter Walton

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Nous avons rencontré Peter Walton, président de IAGTO, à l’occasion de l’IGTM qui s’est récemment tenu à Marrakech. Grand connaisseur du Maroc, il nous livre son analyse du marché golfique mondial.

Golf du Maroc : Marrakech et le Maroc ont accueilli pour la première fois l’International Golf Travel Market (IGTM). Quel est l’impact d’un tel salon pour une ville et un pays ?
Peter Walton : Pour commencer, sachez que nous avons commencé à travailler avec le Maroc, il y a 20 ans. En 1998, j ai organisé mon premier Fam Trip (voyage pour les médias et tours opérateurs, ndlr) et emmené au Maroc cinq T.O. spécialisés. L’année suivante, ils avaient tous programmé la destination Maroc. Depuis, nous avons organisé de nombreux voyages avec les agences et avec la presse et, aujourd’hui, 200 tours opérateurs golfiques dans le monde vendent la destination Maroc. Et comme plus de 400 T.O. étaient à l’IGTM à Marrakech, cela signifie que la moitié d’entre eux a découvert la destination à cette occasion. Vous comprenez ainsi l’importance de l’IGTM pour le royaume.

Nous avons identifié 7 spots golfiques dans le royaume

Golf du Maroc : Quels sont les trois éléments constitutifs d’une vraie destination golf ?
P. W. : Vous devez avoir des golfs qui sont favorables au tourisme et ouverts aux visiteurs. Un minimum de trois golfs est indispensable. Là, à Marrakech, vous en avez 12 dont beaucoup sont concentrés dans les mêmes lieux, ce qui est très recherché par le client. Marrakech est donc un excellent exemple pour l’Europe et l’Afrique de ce que doit être une vraie destination golf. De plus, le royaume a sept autres spots golfiques à proposer. Il  n’y a donc pas que Marrakech.

GdM : Le Maroc n’a-t-il donc que des points forts ?
P. W. : Au Maroc, rien ne manque. Vous avez le golf, la culture, l’histoire, la nature, la gastronomie et l’un des meilleurs climats pour jouer au golf. Pour optimiser tous ces atouts, vous avez besoin d’une bonne coordination des secteurs privés et que tout le monde travaille ensemble car vous devez proposer le meilleur produit possible au golf-trotter visitant le pays. Pour y parvenir, un audit du tourisme golfique, des parcours de golf et des hôtels est nécessaire pour augmenter demain le tourisme golfique à sa pleine capacité.

GdM : En tant que destination golfique, quelle est la place du Maroc sur le bassin méditerranéen, par rapport à l’Espagne, la France, l’Italie ou la Turquie?
P. W. : Le Maroc doit être considéré comme une destination méditerranéenne au même titre que l’Espagne, la Turquie, la Grèce, Chypre, la Tunisie, l’Egypte… Tous ces pays forment une seule zone et le Maroc doit être en compétition à armes égales avec tous les pays de cette zone. Rien n’empêche le Maroc d’avoir autant de visiteurs que Belek en Turquie qui possède 11 parcours de golf car vous avez à bien des égards un meilleur climat pour le golf. Pour concurrencer les grandes destinations de cette zone, l’accessibilité est très importante avec des aéroports et des dessertes régulières vers les aéroports principaux et les aéroports secondaires comme ceux d’Essaouira Meknès ou Fès. Nous devons trouver des combinaisons qui fonctionnent pour les destinations moins importantes qui possèdent qu’un ou deux parcours de golf. Comme ces destinations n’ont pas les trois parcours de golf nécessaires comme je l’expliquais au début de cet entretien, il faut créer une histoire et une image de marque auprès des médias internationaux et des tours opérateurs afin de vendre ces destinations et leur permettre de contribuer à faire progresser le tourisme golfique.

GdM : Que pèse aujourd’hui le business du tourisme golfique ?
P. W. : Nous savons qu’il y a 60 millions de golfeurs et qu’en moyenne 25 % d’entre eux prennent des vacances pour jouer au golf quelque part dans le monde. C’est donc  un marché très important. Nous savons aussi que le tourisme golfique pèse environ 10 milliards d’euros par an. Nos propres tours opérateurs, nous en comptons 700 au sein de IAGTO, ont fait voyager 2 millions de golfeurs l’an passé. Et ces golfeurs ont dépensé quelque chose comme 2,8 milliards d’euros. On sait aussi que ces touristes golfeurs dépensent 120 % de plus par personne et par jour que les touristes non golfeurs. C’est donc un touriste à choyer.

GdM :t Certains grands pays de golf voient le nombre de leurs joueurs diminuer. Cela affecte-t-il le revenu total du tourisme golfique ?
P.W. : Il faut différencier le nombre de joueurs du tourisme golfique. Le meilleur exemple est celui des Etats-Unis. A leur point culminant, ce pays a compté 31 millions de golfeurs, aujourd’hui, il n’y en a plus que 25 millions. Malgré tout, les vrais passionnés de golf qui jouent au moins une fois par mois  sont toujours aussi nombreux, un chiffre qui tourne autour de 7 millions de personnes. Même si le nombre de golfeurs a considérablement diminué, cela n’a pas affecté le nombre de passionnés qui voyagent pour le golf. Le marché du tourisme golfique est donc aussi fort que jamais. De plus, les millénials, ces jeunes consommateurs âgés entre 25 et 35 ans, ont envie de jouer au golf, sans nécessairement être membres de clubs ou de jouer comme leurs aînés. Et comme ce sont des gens qui voyagent beaucoup, l’avenir du tourisme golfique est assuré. Mais attention, leurs exigences sont différentes et il va falloir en tenir compte. Le dress code doit être plus cool, les clubs doivent être connectés au wifi, les services dans les clubhouses de meilleure qualité… Pour eux, le golf doit être plus fun. Le Maroc peut obtenir sa juste part de ce nouveau marché mais il va falloir s’adapter à ces nouvelles tendances. Le golf féminin se développe également et les golfs vont devoir réfléchir à proposer à ces golfeuses de nouveaux produits. En raison de sa culture et de son histoire, le Maroc a une carte à jouer car, souvent, ce sont les femmes qui décident où la famille et le couple vont passer leurs vacances.

GdM : Faut-il du temps pour construire une stratégie pour le tourisme ?
P. W. : En 2002, j’ai fait la stratégie du tourisme golfique pour l’ile Maurice. A l’époque, il n’y avait que 3 parcours de golf, il y en a 8 aujourd’hui. Maurice a construit les parcours dans le temps et les lieux que nous leur avions recommandés. Et leur tourisme golfique a augmenté chaque année de 2002 à 2014, malgré la crise économique et toutes sortes de problèmes dans le monde. En 2014,  on nous a redemandé de proposer une autre stratégie pour les 10 prochaines années, et ça continue de se développer. Une croissance annuelle et durable ne doit jamais s’arrêter. Il faut anticiper et créer de nouveaux parcours si nécessaire, en sachant qu’il faut 3 ans pour construire un golf et le rendre opérationnel. Une vision à long terme est donc indispensable.


Nous aidons environ 106 pays à développer des stratégies de tourisme golfique

GdM : Quel est le rôle de IAGTO dans le tourisme golfique ?
P. W. : IAGTO a été créée, il y a 22 ans, et nous restons la seule association professionnelle de l’industrie du tourisme golfique. Nous avons donc une responsabilité envers ce tourisme spécialisé dans le monde. Nous voulons accroitre les voyages golfiques et, pour cela, nous mettons beaucoup d’outils et de services à disposition de nos membres pour maintenir et accroitre la qualité des services qu’ils proposent. Notre job est aussi de mettre les acheteurs et les vendeurs en contact et leur simplifier le travail. Nous travaillons avec près de 106 pays et les aidons à développer des stratégies de tourisme golfique. Au Maroc, nous travaillons actuellement avec l’ONMT et la FRMG pour qu’ils sachent comment positionner le royaume et les aider à trouver la meilleure manière possible d’attirer les touristes golfeurs.

GdM : Au Maroc, les caddies disparaissent au profit des voiturettes de golf. Pensez-vous que leur survie soit indispensable à l’expérience golfique que l’on offre aux visiteurs ?
P. W. : Chaque pays est différent. La Thaïlande et d’autres pays du sud-est asiatique proposent des caddies qui sont de vrais arguments de vente. Le golf-trotter est heureux que l’on s’occupe de lui, que l’on soit à ses petits soins. En Asie, jouer avec les caddys, souvent des cadettes, est une véritable expérience. Même si je comprends que c’est un problème financier et ce n’est pas toujours économiquement viable, je pense que le Maroc doit être à nouveau une destination de golf avec des caddies. C’est une bonne chose pour l’éducation, pour l’emploi, et aussi pour l’expérience. Car passer 4 à 5 heures avec un caddy qui parle ou connaît 200 à 250 mots de votre langue, vous donne l’occasion de mieux connaître le pays et sa culture.

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